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François Mercier, entrepreneur.

Le nom de François Mercier est très connu dans la région, grâce aux Centres Médicaux; mais sa vie en tant que chef d'entreprise l'est beaucoup moins. Voici un texte sur Eugène Freyssinet, jeune Ingénieur des Ponts alors en poste à Moulins, et François Mercier.

Ceux qui s'intéressent à la vie d'Eugène Freyssinet savent comment François Mercier fut enthousiasmé en mars 1908 par le projet du pont de Boutiron, affiché dans le bureau du jeune ingénieur à Moulins (Freyssinet n'avait pas 29 ans).

Et comment il prit la responsabilité d'en faire étudier deux autres du même type pour Châtel-de-Neuvre et Le Veurdre, et de réaliser les trois pour la somme forfaitaire de 630.000 F : pour chaque pont, il n'y aurait de paiement qu'après l'achèvement complet et épreuves satisfaisantes. On verserait alors les 9/10ème du forfait, le dernier étant retenu pendant un an à titre de garantie.

Ce sont là des clauses extrêmement dures et l'on trouverait sans doute bien peu d'entrepreneurs disposés à les accepter; elles témoignent de la part de Monsieur Mercier d'une robuste confiance dans le succès".

Ainsi s'exprimait l'ingénieur en Chef Wender, chargé du Service Vicinal, dans un rapport adressé au Préfet de l'Allier et présenté aux conseillers généraux lors de la session d'avril 1908.

La proposition de François Mercier, qui constituait une chance pour Freyssinet, ne pouvait être qu'acceptée.

Elle était "financièrement avantageuse" et ne faisait courir aucun risque au Département, par ailleurs bien au courant de "la compétence technique de cet entrepreneur, de ses capacités professionnelles et des moyens d'action" dont il disposait.

Une requête insolite !

Mais si l'on connaît le coup de coeur de ce "roi de l'entreprise" pour le projet de Boutiron, la façon dont étaient régis les rapports entre M. Freyssinet et l'entreprise Mercier reste le plus souvent ignorée.

Ayant pris toutes les responsabilités techniques et financières du marché passé avec le Département de l'Allier pour la construction des trois ponts, François Mercier savait bien que "la nouveauté et la hardiesse des conceptions de Monsieur Freyssinet" pour reprendre ses propres termes, ne manqueraient pas de soulever des problèmes dans leurs applications.

Aussi n'avait-il pas hésité, dans une lettre du 3 avril 1909, à demander au Ministre des Travaux Publics "de bien vouloir accorder l'autorisation nécessaire pour que Monsieur Freyssinet, Ingénieur des Ponts et Chaussées à Moulins, puisse accepter la direction d'études et de travaux concernant l'exécution d'ouvrages d'art en béton armé dont je suis concessionnaire et notamment de trois ponts sur la rivière de l'Allier dont la construction m'a été confiée par le Département de l'Allier".

"Il a vulgarisé l'emploi du béton armé dans son arrondissement, faisant réaliser ainsi à l'Etat, au Département et aux Communes, d'importantes économies. Ses recherches l'ont conduit à des modifications des procédés actuels d'exécution des grands ouvrages en béton armé, qui paraissent constituer un progrès notable au point de vue de l'esthétique, de la résistance, de la sécurité et de l'abaissement des prix (...).

Pour la réfection de ses trois grands ponts (les ponts du Veudre, de Boutiron et de Châtel de Neuvre devaient remplacer 3 ponts suspendus, bien fatigués), le Département de l'Allier aurait dû consentir des sacrifices considérables. J'ai décidé de saisir cette occasion d'appliquer les résultats des recherches de Monsieur Freyssinet et j'ai offert au Département, qui a accepté, de reconstruire les trois ponts moyennant un prix forfaitaire sensiblement égal à la moitié des prévisions de l'Administration".

Dans cette requête insolite, - le rôle de l'ingénieur des Ponts et Chaussées consiste en effet à contrôler le travail des entreprises -, Mercier évoquait "la responsabilité excessive de l'ingénieur en cas de chute de l'ouvrage due à des malfaçons qu'il eut été impossible de démontrer en raison de l'absence de précédents", et déclarait conserver pour lui seul la responsabilité décennale du code civil, dont il déchargeait Freyssinet "si le principal intéressé le veut..."

Le 5 avril, le directeur du Cabinet du Ministre demande au Préfet de l'Allier de vouloir bien, après avoir consulté l'ingénieur en chef des Ponts et Chaussées LEGAY, lui donner son avis sur cette demande.

Le 16 avril, Monsieur Legay répond à la lettre du préfet, du 10 avril:

"les garanties de bonne exécution que le département est en droit d'exiger ne pourront être, en réalité, qu'accrues si l'autorisation sollicitée est accordée".

Et dans sa réponse au Ministre en date du 20 avril, le représentant du gouvernement estime que "au point de vue des intérêts du département, il y a lieu d'accorder l'autorisation".

La lettre du Préfet est alors communiquée pour avis au conseiller d'Etat, directeur des Routes, de la Navigation et des Mines, par le directeur du Personnel au Ministère des Travaux Publics.

Et le 29 avril, le conseiller d'Etat approuve: "la demande de Monsieur Mercier qui tendrait à placer un ingénieur des Ponts et Chaussées, en service, sous les ordres d'un entrepreneur, ne paraît pas pouvoir être accueillie".

"Mais au fond, ce que l'entrepreneur semble surtout désirer, c'est de travailler sous la direction ou sous le contrôle technique de Monsieur l'Ingénieur Freyssinet, de manière à profiter de la compétence que celui-ci s'est acquise en matière de travaux en ciment armé."

"Comme il s'agit d'ouvrages départementaux, si le principal intéressé, le Département, désire bien qu'il en soit ainsi, il lui appartient de demander à l'Etat le concours de Monsieur Freyssinet pour l'étude et la direction des travaux projetés".

"Le cas échéant, je ne verrais aucun inconvénient à ce que l'autorisation nécessaire soit accordée à ce dernier qui se trouverait ainsi en mesure de guider l'entrepreneur et de contrôler l'exécution des travaux de son entreprise".

Le 8 mai enfin, le Ministre fait savoir au Préfet de l'Allier qu'il ne fait "aucune objection à ce que les travaux projetés soient placés sous le contrôle technique de Monsieur Freyssinet".

40 ans plus tard, la gratitude du jeune ingénieur des premières années du siècle envers François Mercier ne s'était pas émoussée: "jamais je ne pourrai témoigner assez de reconnaissance à l'homme qui eut assez de confiance en moi pour me charger de toutes les responsabilités d'une série d'ouvrages difficiles".

(Souvenirs - Cent ans de béton armé - 1949). Jean Freyssinet

Texte issu du Site :
Association pour la mémoire et le rayonnement des travaux d'Eugène Freyssinet,

que vous pouvez consulter à :


http://assoef.multimania.com/sommair/sommair5.htm


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